15.12.2008

Fin de tristesse

 

Je déclare la fin de l'hiver, du froid, la fin de la mélancolie, la fin des jours sans soleil, la fin de l'ennui, de l'introspection intempestive. Je déclare la fin des chagrins d'amour, des chaussettes pour dormir, des qu'est-ce qui ne va pas chez moi et pourquoi oh pourquoi ça n'arrive qu'à moi. Je clôture définitivement les séances de larmes, le spleen des dimanches après-midi, les grasse-matinées tristes et surtout : je met un terme volontairement à mes insomnies chiantes. À partir de maintenant : hygiène de vie saine, lectures, sorties culturelles et fenêtres ouvertes. Je ressort les robes courtes et tant pis si j'attrappe une angine de poitrine parce que j'en ai pas.

À nous deux, ma douleur !

12.12.2008

Insomnie#9

 

Je n'ai pas très bien dormi. C'est qu'après tout ce temps, je ne peux pas m'empêcher de me demander ce qu'il reste. Il n'y a peut-être rien que tu n'aies envie d'entendre de moi. Je t'ai menti, je n'ai pas oublié. Pour finir, je pense souvent à toi et si j'ai prétendu le contraire, c'est parce que tu ne m'aimais plus. Et j'aimerais bien me dire que nous pourrions tout recommencer ensemble. Ce sera différent cette fois. Et je promets de ne pas faire de promesse, je promets d'être sage, de me faire toute petite. On ne serait pas obligés de se dire qu'on s'aime. Cela suffirait si par exemple, on se serrait très fort l'un contre l'autre en ne disant rien, si on restait là à, écrire côte à côte en silence. Pour cette fois c'est moi qui suis désolée, j'ai trop pleuré en silence et j'ai tellement peur que tu me haïsses.

11.12.2008

Insomnie#8

 

Je n'ai pas très bien dormi. C'est que cette note va être plus difficile à rédiger que les autres. Pourquoi est-ce que j'accepte de passer la nuit avec des gens à côté de qui je n'aimerais pas me réveiller ? Pourquoi est-ce que j'ai besoin de ça pour me sentir exister ? Pourquoi je m'investis trop dans toutes les relations que j'entreprends ? Pourquoi la violence m'attire-t-elle autant ? Pourquoi je recherche autant les gens malsains ? Pourquoi je tombe dans les bras du premier venu ? Pourquoi est-ce que j'aime autant me faire du mal ? Pourquoi je me retrouve toujours dans des situations dangereuses ? Pourquoi est-ce que ça m'amuse autant de raconter ces histoires ? Pourquoi est-ce que je n'arrive pas à en raconter certaines ? Pourquoi je laisse toujours tout tomber pour ça ? Et surtout : pourquoi ai-je aussi peur de comprendre ?

10.12.2008

Insomnie#7

 

 

Je n'ai pas très bien dormi. C'est que nous allons partir. Je vais quitter cette chambre où pour la première fois j'ai connu un garçon, agrippée à ses épaules, trop loin de la tendresse et trop près du plafond. Je me souviens de ce déménagement en catastrophe, il y a quatre ans. Un mois plus tard, c'était comme si on était là depuis toujours. Pour accèder à ma chambre, il faut passer un couloir étroit et pas pratique du tout. Il y a des affiches de toutes sortes au mur, avec des traces jaunes de patafix par endroit, un grand miroir moucheté par le temps, un coffre en métal recouvert d'un tissu coloré sous la fenêtre. Des murs recouverts de papier blanc, des moulures au plafond, un placard encastré à côté du radiateur. Il y a encore mon bureau, ma table basse, mes étagères qui croulent sous les livres, les objets inutiles, les papiers qui débordent, des boîtes de CD vide. Je m'en vais dormir ailleurs. Cela m'attriste et me remplit d'impatience. Changer de lieu, changer aussi ?

09.12.2008

Insomnie#6

 

 

Je n'ai pas très bien dormi. C'est cette surabondance de rêves. Toute cette fantasmagorie qui m'assaille dans mon lit double. Là, mon sommeil ne se tient plus coi. Il s'impatiente quand je refuse d'éteindre ma lampe, puis dans le noir, il se refuse à son tour. Je ne me souviens que de ce que j'ai vu avant de me réveiller. Il y a un garçon, jamais le même, mais c'est l'image de quelqu'un que je connais et je le suis dans des endroits qui sont des replis, que j'appelle par le nom d'endroits familiers mais qui sont simplement leur image. Et à chaque fois je m'empètre un peu dans cet univers liquide et le corps que j'ai laissé derrière moi glisse et se tord sous ma couette interminable. Ce ne sont pas des cauchemars pourtant, ce sont mes pensées en négatif qui me transportent imperceptiblement vers ailleurs.

08.12.2008

Insomnie#5

 

 

Je n'ai pas très bien dormi. C'est la vie parisienne. Des itinéraires avec des immeubles enlaidis d'enseignes de chaque côté, des passants qui ne regardent jamais ailleurs. C'est la rumeur insistante, abrutissante, le rythme aveugle de la routine. Le soleil et le froid tombent vers cinq heures et tout est fini ; c'est novembre et son opacité. Je voudrais... n'importe quoi, la possibilité d'une fissure. Alors je traverse en dehors des clous, je me laisse perdre, je suis des rues qui se payent le luxe d'aller nulle part, je longe la Seine qui troue d'un dédale d'eau les dédales de trottoirs. J'ouvre ma figure, je chante seule dans la foule des paroles en anglais sur des airs interminables.

« Not that way not that bad it's not that I care about you lad
It's a stream, it's a wind, something vague around my spleen
Would you feel, how deep it goes cause I feel for you, you know
Not that bad, not that way, you're not so special anyway... »

 

 

 

07.12.2008

Insomnie#4

 

Je n'ai pas très bien dormi. C'est cette sensation d'asphixie lente. Cette même sensation dont je n'arrive pas à me défaire. Depuis six ans déjà. On dit que je suis douée. Qu'est-ce que ça veut dire ? Une fille qui veut écrire et qui n'écrit pas. J'ai envie de cinéma aussi, et on me dit de faire la FEMIS. Oui, le concours qui fait rêver. Mais je n'en ai certainement pas la capacité. Il me faudrait rattraper ma culture cinématographique plus que lacunaire, mes problèmes de méthode, de concentration et puis même comme ça, j'ai des doutes. Et dans ce désordre d'attentes, de regards, je ne vois plus ce que je veux. Je voudrais arriver à exaucer ces envies murmurantes sans me préoccuper d'exaucer quiconque. Mais je forme ici une promesse, je viendrais à bout de tout ça.

 

 

06.12.2008

Insomnie#3

 

 

Je n'ai pas très bien dormi. C'est le souvenir de la voix de [...]. Une voix qui a sû guérir bien des blessures. Cette voix qui se modulait sur un air de comptine et qui transfigurait les mots. Elle n'était pas bien grave, mais elle était profonde. Ses tremblements me faisaient trembler moi. Et toujours sur cette petite reprise, sur ces accords déliés, avec ce bruit de courant d'air en fond sonore : elle avait des râtés, elle avait du mal à prononcer l'anglais ; mais elle tombait juste à la fin. « To you » et c'était aussi un peu pour moi. Et quand il lisait Baudelaire, avec ses ruptures et ses inflexions, ses pauses merveilleuses, je me sentais soudain inhumaine. C'était dimanche dernier, j'étais en train de lire Sexus d'Henry Miller et brusquement, tout cela m'est revenu. Comme en voix-off : son timbre de gamin, qui me parlait encore mieux quand il ne me parlait pas et qui donnait à chaque mot une consonnance de joie secrète.

05.12.2008

Insomnie#2

 

 

Je n'ai pas très bien dormi. C'est ce désir de théâtre —désir tût depuis lontemps. Enfant, j'étais montée sur scène. J'étais un clown, j'étais une petite fille qui déformais les mots. Je gesticulais avec aisance et je ne faisais rire personne. Mais là, devant tout le monde, j'ai eu le vertige. La scène était trop vaste, les regards trop fixes et les lumières des néons trop crues.

« Articule et regarde le lustre ! »

Mais alors l'histoire de torture que je devais raconter a pris les accents trop marqués de la tragédie. J'ai regagné ma chaise, en tremblant encore. N'en parlons plus. Pourtant quand je ne suis pas seule, je n'ai pas cette sensation d'anxiété et j'ai l'impression de pouvoir jouer n'importe quoi. Je pense que bientôt, j'aurais la présence nécessaire pour doubler les rôles qu'on m'a donné. Et puis, avec Les Indifférents, ce sera la tournée.

 

 

04.12.2008

Insomnie#1

 

 

Je n'ai pas très bien dormi. C'est que je veux que tu me lises. Une fois encore, écrire ce sentiment sourd d'errance et d'abondance. Laisse-moi seulement écrire, sans préoccupation aucune. Je voudrais que tu me lises, que tu ne sois qu'un lecteur, que tu oublies que tu m'as connue, que tu ne me connais pas. Je voudrais que l'encre coule toujours, qu'elle court vers toi. Je voudrais un peu de lumière. Quelque chose comme une matin blanc et frais, un midi indigo et étourdissant, un soleil rouge sur l'eau, une nuit laiteuse, enfumée du halo des luminaires. Un éclairage en somme. Je voudrais me perdre dans cette vérité comme si c'était la seule qui puisse les supporter toutes. Après le vertige, c'est l'élan qui étanche toute les soifs. Je ne veux plus me galvauder.

 

 

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